Données manquantes dans l’Indice Ibrahim de Gouvernance en Afrique (IIAG) 2026 : analyse préliminaire
06 July, 2026
L’IIAG : la base de données la plus complète sur la gouvernance publique en Afrique
Le recueil des données pour l'IIAG 2026 est en cours, 95 % des variables ayant déjà été collectées auprès des sources de l’Indice en juin 2026. La structure de l’IIAG 2026 se compose de 319 variables, issues de 59 ensembles de données publiés par 50 sources et institutions indépendantes. Ces 319 variables sont regroupées en 96 indicateurs, eux-mêmes répartis en 16 sous-catégories et quatre catégories principales, avec une mesure – celle de la Gouvernance globale - au sommet de l’Indice. Avec cette couverture extensive – les 54 pays africains sur la dernière décennie de données disponibles (2016-2025) – l’IIAG constitue la base de données la plus complète existante sur la gouvernance publique africaine. Publié en octobre prochain, l’IIAG 2026 couvrira la décennie 2016-2025.
Critères d'inclusion des variables dans l'IIAG
Pour être incluse dans l’IIAG, une variable doit être liée à la définition de la gouvernance retenue par la Fondation Mo Ibrahim et mesurer notamment, dans la mesure du possible, les résultats et impacts de la gouvernance. D’autres critères sont également pris en compte, notamment la solidité méthodologique, la couverture géographique et l’actualisation des données, ainsi que l’accessibilité et la crédibilité du fournisseur de données.
Compte tenu de ces considérations, pour être incluse dans l’IIAG :
- une variable doit exister au minimum sur une échelle à quatre points,
- une variable doit fournir des données couvrant au moins deux années depuis le début de la série chronologique (2016 dans le cas de l’IIAG 2026),
- le dernier point de données doit dater des trois dernières années (2023-2025),
- si une variable ne dispose que de deux points de données, ceux-ci doivent être différents,
- ces conditions doivent être remplies pour au moins 33 pays africains.
Des exceptions à ces critères peuvent être accordées en fonction de l'importance et du caractère unique d'une variable, ainsi que de la disponibilité attendue des données à l’avenir.
Note méthodologique
La présente analyse préliminaire porte sur les données absentes dans le cadre de l'IIAG 2026. Elle ne traite donc pas des aspects de la gouvernance qui ne sont pas encore couverts par l’Indice – par exemple certains indicateurs relatifs à l'action climatique, ou les données sur la désinformation ou la gouvernance de l'IA, pour lesquels il n'existe pas encore d'ensembles de données exhaustifs. Ces lacunes, qu’elles concernent des sujets essentiels ou la couverture des pays, nous conduisent à poursuivre notre plaidoyer et notre soutien concret aux fournisseurs de données.
Le terme « préliminaire » indique que cette analyse des données manquantes repose aussi sur un jeu de données IIAG 2026 encore incomplet. Si 95 % (303 variables) des données sous-jacentes ont déjà été collectées, 16 variables sont encore en suspens. Ces variables non encore collectées relèvent principalement des sous-catégories Administration publique (par exemple, fiscalité, gestion budgétaire) et « Protection sociale et bien-être » (par exemple, logement abordable, inégalités économiques).
L’imputation des données brutes incluses selon les critères de l’IIAG est effectuée par interpolation linéaire pour les points de données manquants situés à l’intérieur de la série chronologique 2016-2025. Pour les points de données manquants situés en dehors de cette série, les méthodes de la « dernière valeur reportée » et de la « première valeur reportée en arrière » sont utilisées.
De nombreuses données sont manquantes à la source pour Économie rurale et Éducation, 2025 étant l’année la moins bien couverte
Compte tenu des critères d’inclusion de l’IIAG, le taux de données manquantes à la source s’élève à 32,1 % en moyenne pour l’ensemble des 303 variables collectées, couvrant 54 pays sur la période 2016-2025 (soit un total de 163 620 points de données). Le taux est particulièrement élevé dans la sous-catégorie Économie rurale, où il atteint 76,2 %, car les indicateurs de cette sous-catégorie reposent sur une seule source : l’Évaluation de la performance du secteur rural produite par le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui ne fournit actuellement des données que pour trois années (2018, 2021 et 2024). De même, la sous-catégorie Éducation dépend fortement de l’UNESCO, dont la couverture des données est particulièrement limitée pour les indicateurs de niveau d'éducation atteint, avec plus de 85 % de données manquantes. Cela se traduit par un taux global de données manquantes de 62,8 % pour Éducation.
Le taux de données manquantes à la source varie selon les années. Celui-ci est le plus faible en 2021 (21,1 %) et le plus élevé en 2025 (58,1 %). S’il est attendu que la dernière année de données soit la plus « faible » en matière de disponibilité, en raison des cycles de collecte et de diffusion, les consultations menées avec nos fournisseurs de données ont également révélé que les bouleversements actuels et les réductions budgétaires des bailleurs et des fournisseurs de données ont eu un impact négatif sur la capacité des institutions à mener des travaux de terrain et à publier leurs données dans les délais.
L’imputation permet de réduire des deux tiers les données manquantes
L’interpolation linéaire utilisée dans l’IIAG réduit fortement le taux de données manquantes, qui passe de 32,1 % sur l’ensemble du jeu de données à seulement 11,0 %, soit une réduction de deux tiers. Si Économie rurale et Éducation restent les sous-catégories présentant les niveaux les plus élevés de données manquantes, l’Économie rurale passe de 76,2 % de données manquantes à la source à seulement 19,8 % après imputation, soit une baisse de 56,4 points de pourcentage. Pour l’Éducation, le taux de données manquantes est divisé par deux, passant de 62,8 % à 30,2 %. L’imputation permet également d’uniformiser le taux de données manquantes au fil des années, qui s’établit à un niveau constant de 11,0 % pour chaque année de la série chronologique 2016-2025.
Le taux de données manquantes est le plus faible dans Participation, Droits et Inclusion, suivi par Fondements des Opportunités Économiques
Après imputation, le taux de données manquantes est particulièrement faible dans la catégorie Participation, droits et inclusion (5,2 %), principalement parce que les indicateurs de cette catégorie reposent largement sur des données provenant de V-Dem et de l'Institut africain pour les politiques de développement (AFIDEP), deux institutions qui offrent une couverture étendue de l’ensemble des pays africains. Malgré le fait que l’Économie rurale présente le deuxième taux le plus élevé de données manquantes et influence légèrement le niveau global de données manquantes de la catégorie Fondements des opportunités économiques, cette catégorie reste la deuxième moins touchée, avec 11,1 %. Le Développement humain arrive en troisième position, avec 14,3 %, principalement en raison de l’impact de sa sous-catégorie Éducation.
Sous-catégories de l'iiag : données manquantes après imputation
Le Bénin et le Ghana sont les seuls pays sans aucune donnée manquante, tandis que les pays en conflit et les petits États insulaires accusent un retard
Après imputation, le Bénin et le Ghana sont les seuls pays ne présentant aucune donnée manquante sur l’ensemble des 303 variables et des dix années couvertes. Leur taux de données manquantes avant imputation, respectivement de 26,1 % et 24,0 %, suggère que, si certaines années individuelles sont manquantes, aucun de ces deux pays n’est totalement absent d’un jeu de données sur l’ensemble de la série chronologique. Plus de la moitié du continent, soit 28 pays, affiche un taux de données manquantes inférieur à 5 %, dont huit pays avec moins de 1 % : le Bénin, le Ghana, la Tanzanie, le Sénégal, Madagascar, le Kenya, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire.
À l’autre extrémité du classement, dix pays enregistrent un taux de données manquantes supérieur à 25 % : l’Érythrée, les Seychelles, la Libye, les Comores, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud, la Somalie, la Guinée-Bissau, la République centrafricaine, Djibouti et le Burundi. La plupart de ces pays sont soit touchés par des conflits actifs, rendant difficile la collecte de données sur le terrain, soit de petits États insulaires qui tendent à être moins souvent inclus dans les jeux de données. Par exemple, après application des critères d’inclusion de l’IIAG, aucun de ces dix pays ne dispose de données pour les indicateurs d’opinion publique d’Afrobarometer, en raison des difficultés liées à la réalisation d’enquêtes sur le terrain, malgré l’élargissement considérable de la couverture géographique d’Afrobarometer au fil des années.
Pays africains : données manquantes après imputation
Le lien entre disponibilité des données et performance de Gouvernance globale
La performance d’un pays en matière de gouvernance publique repose en partie sur une administration publique solide, et en particulier sur la production de données fiables et extensives par des instituts nationaux de statistique indépendants. La corrélation entre les scores de Gouvernance globale de l’IIAG 2026 et le taux de données manquantes à la source dans le jeu de données 2016-2025 met en valeur la relation négative entre ces deux éléments.
Sans données solides, pas de politiques publiques efficaces.Mo Ibrahim
Autrement dit, les pays affichant les scores les plus élevés en Gouvernance globale tendent à présenter des niveaux plus faibles de données manquantes, tandis que les pays aux scores plus faibles tendent à disposer d’une couverture de données moins complète. Par exemple, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie figurent parmi les dix premiers pays en matière de Gouvernance globale et comptent également parmi les dix pays ayant les taux de données manquantes les plus faibles. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une relation causale, cela suggère que la disponibilité des données pourrait être systématiquement liée aux performances en matière de gouvernance.
Note méthodologique
Si la majeure partie de l’analyse de corrélation présentée ici repose sur les données manquantes après estimation, elle utilise les données manquantes à la source afin de présenter l’état initial des performances d’un pays en matière de production de données. Par ailleurs, six Petits États Insulaires en Développement (PIED) africains ont été retirés de l’échantillon, car les PEID sont souvent absents des recueils mondiaux de données en raison de leur taille.
Les résultats de la corrélation doivent être interprétés avec prudence, en raison de la taille limitée de l’échantillon- 48 pays – et parce qu’il s’agit d’une simple analyse bivariée qui ne tient pas compte d’autres facteurs susceptibles d’influencer la disponibilité des données, tels que le PIB, les dépenses publiques ou la situation en matière de conflit. Cette relation ne doit donc pas être interprétée comme causale, mais comme descriptive.
Pays africains (hors PEID*) : score global de gouvernance (IIAG 2024) et % de données manquantes à la source (2016-2025)
*Cap-Vert, Comores, Guinée-Bissau, Maurice, Sao Tomé-et-Principe, Seychelles
Rendez-vous en octobre pour le lancement de l’IIAG 2026
Alors que nous finalisons l’ensemble du recueil de données et l’analyse en vue de la publication de l’IIAG 2026 en octobre prochain, suivez notre campagne « Data Bites » en cours sur les réseaux sociaux. Notre prochaine analyse préliminaire, portant sur les résultats de la sous-catégorie Anti-corruption est prévue pour le 11 juillet, à l’occasion de la Journée africaine de lutte contre la corruption. Elle sera suivie d’une analyse préliminaire des indicateurs de démocratie et de participation de l’IIAG 2026, dans le cadre d’une série complète sur la démocratie, comprenant des contributions d’International IDEA, d’Afrobarometer, et les résultats d’une enquête du Now Generation Network de la Fondation Mo Ibrahim (communauté dynamique de 350 jeunes leaders et professionnels africains issus d’au moins 33 pays du continent).
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